La Cachette

Coin lecture

Les bêtises, c'est du sérieux

« Ne fais pas de bêtises. » On le lance sans y penser, sur le pas de la porte, avant l'école, au moment du goûter. Comme si la bêtise était l'ennemie à abattre. Et si c'était tout l'inverse ? Si les bêtises de nos enfants étaient, en réalité, une très bonne nouvelle ?

Les bêtises, c'est du sérieux

Un acte fondateur

L'idée n'est pas de nous : elle vient de ceux qui, chez Bayard Jeunesse, écrivent des bêtises depuis vingt ans. « Les bêtises sont un acte fondateur de l'enfance », pose Anne Didier, coscénariste d'Anatole Latuile. Rien de gratuit là-dedans : les bêtises « révèlent l'audace, l'expérimentation et la capacité à explorer les règles du monde ». Elles deviennent « un espace d'affirmation, d'épanouissement, de liberté et d'apprentissage ».

Regardez de près ce que réclame une vraie bêtise, bien montée. Il faut un plan, donc de l'imagination. Il faut le tenir, donc de la débrouille. Et il faut oser, donc, comme le note la directrice éditoriale Delphine Saulière:  « un bon paquet d'assurances » et « être un enfant bien dans ses baskets ». En somme, tout ce qu'on rêve de voir grandir chez nos enfants, et qu'on passe parfois nos journées à étouffer au nom du « sois sage ».

La preuve par Anatole Latuile

Pour incarner ça, il existe un champion : un petit garçon de 9 ans à la tignasse ingérable, quelque part entre Le Petit Nicolas et Gaston Lagaffe. Anatole Latuile. Né en 2005 dans les pages de J'aime lire, il passe son temps à échafauder des stratégies farfelues pour éviter une punition, réparer une injustice ou sauver un copain. Et tout dérape, immanquablement, jusqu'à la catastrophe. Si les enfants l'adorent, c'est qu'il ose à leur place. « Avec lui, ils se délectent de bêtises qu'ils n'oseraient jamais faire », observe Anne Didier. La transgression par procuration : le plaisir de faire les 400 coups… sans les dégâts. 

Rater, et rebondir quand même

Le plus beau, chez Anatole Latuile, ce n'est pas quand ça marche. C'est quand ça rate. Ses combines se retournent contre lui, il se prend les pieds dans ses propres pièges. « Il rebondit toujours, quelle que soit la situation », dit de lui Olivier Muller, l'autre plume de la série. Mieux : c'est souvent dans ses « glorieuses défaites » qu'il gagne l'amitié et le respect des autres.

Voilà, au fond, ce que raconte chaque bêtise sous le vernis du gag : on a le droit de se planter. Tomber, se relever, réessayer. Un enfant à qui l'on permet de rater est un enfant qui ose — et qui, pour reprendre les mots de l'éditeur, « grandit en confiance ». C'est bien pour ça que Bayard Jeunesse « adore ces bêtises-là : celles qui font grandir en confiance ».

Un cadre juste, pas un carcan

Attention : dire oui aux bêtises ne veut pas dire tout laisser passer. Pour qu'une bêtise garde son goût d'interdit, il lui faut justement un cadre. Un cadre qui « ne doit pas être bête et arbitraire, il doit être juste et bienveillant ». De quoi rassurer les parents que le lâcher-prise inquiète : il ne s'agit pas d'abdiquer, mais de distinguer la bêtise qui fait grandir de celle qui met en danger. De poser les limites qui comptent, et de sourire au reste.

Soixante ans de catastrophes joyeuses

Cette tendresse pour l'enfance qui expérimente, Bayard Jeunesse la cultive depuis soixante ans. Depuis Pomme d'Api, en 1966, l'éditeur fabrique magazines, livres et histoires en se plaçant, littéralement, à hauteur d'enfant. Avec une promesse : donner à l'enfance l'espace qu'elle mérite. Et 2026, année placée sous le signe d'Anatole Latuile, en est la plus joyeuse illustration.

Alors la prochaine fois qu'une bêtise se prépare sous notre toit (un plan douteux, un fou rire suspect, un silence trop calme), on peut souffler un coup avant de crier. Il y a de bonnes chances qu'un petit quelque chose d'essentiel soit en train de se jouer.

Et pour fêter tout ça, il y aura bientôt un week-end entier où l'enfance, bêtises comprises, reprendra toute sa place…

Publié le par julia@everyday-matters.fr

À voir aussi sur La Cachette