La Cachette

Chronique

Prendre du temps pour soi quand on est parent, sans culpabiliser

Comment retrouver du temps pour soi quand on est parent : des créneaux courts et protégés, des idées concrètes et une méthode douce, sans culpabilité.

Prendre du temps pour soi quand on est parent, sans culpabiliser

Le temps pour soi, quand on est parent, ne se trouve jamais : il se prend, se négocie, s'inscrit quelque part. Concrètement, cela commence par des créneaux courts et protégés (vingt minutes, une heure), posés à un moment précis de la semaine plutôt que renvoyés à « quand ce sera plus calme ». Et non, ce n'est pas du confort en option : c'est ce qui permet de tenir le reste.

Pourquoi ça coince, alors qu'on sait très bien que ça nous ferait du bien

On connaît la scène. Le petit dort enfin, la maison est silencieuse, et on se retrouve debout dans la cuisine à ramasser des morceaux de pâtes séchées sous la chaise haute. Ce moment-là aurait pu être pour nous. Il est parti dans la vaisselle.

Le problème n'est presque jamais le temps en tant que tel. C'est la place qu'on lui accorde dans la file d'attente mentale. Le temps pour soi arrive après les enfants, après le travail, après le linge, après le mail à envoyer, après le rendez-vous chez le pédiatre. Autrement dit : après tout. Et « après tout », ça n'existe pas dans une vie de famille, parce qu'il y a toujours quelque chose derrière.

Il y a aussi cette petite voix, tenace, qui souffle qu'on a déjà de la chance, que d'autres font avec moins, que ça peut attendre encore un peu. On la connaît bien. Elle ne rend personne plus disponible, elle rend juste plus fatigué.

Ce que « du temps pour soi » veut vraiment dire

Contrairement à ce qu'on imagine, ce n'est pas forcément un week-end entre amies ni une heure de yoga chaque matin. C'est un moment où l'on n'est utile à personne. C'est la seule vraie définition, et elle change tout : lire dix pages, marcher sans poussette, boire un café assis, écouter un album en entier. Rien de spectaculaire, mais rien de fonctionnel non plus.

Le quart d'heure qui compte plus qu'on croit

Quinze minutes ne réparent pas une fatigue de fond, mais elles rappellent quelque chose d'essentiel : on existe encore en dehors du rôle. Beaucoup de parents décrivent la même bascule, celle où l'on se rend compte qu'on n'a plus d'avis sur rien, plus d'envies propres, juste un planning. Le quart d'heure sert à ça, à réamorcer la pompe.

Ce qui fonctionne bien : accrocher ce moment à un repère fixe de la journée. Après la sieste, avant que la maison se réveille, sur le trajet du retour en s'arrêtant cinq minutes sur un banc. Un temps qui n'est adossé à rien se fait manger. Un temps adossé à un repère tient.

Le vrai rendez-vous, celui qu'on note

Puis il y a l'autre catégorie : le créneau plus long, deux ou trois heures, une fois par semaine ou tous les quinze jours. Celui-là, on le traite comme un rendez-vous médical. Il est dans l'agenda partagé, il a une heure de début et une heure de fin, et il n'est pas déplaçable à la première contrariété. C'est la seule manière de le protéger.

Dégager du temps quand l'agenda ressemble déjà à un Tetris

Négocier plutôt que quémander

Dans les couples, la demande arrive souvent au pire moment, un dimanche soir, sur un ton d'excuse, et se transforme en discussion sur qui en fait le plus. Ça ne mène nulle part. Ce qui marche mieux, c'est de poser deux créneaux symétriques : le tien, le mien, à des moments identifiés. Pas une faveur, une organisation. Et quand on élève seul, la négociation se joue ailleurs : un échange de gardes avec un autre parent de la crèche, une grand-mère mobilisée sur un créneau régulier plutôt qu'au coup par coup, un relais associatif ou une halte-garderie municipale.

Baisser le niveau d'exigence, quelque part

Le temps ne sort pas de nulle part. Il vient d'un endroit où l'on accepte de faire moins bien : des repas qui tournent en boucle sur la semaine, un rangement du salon repoussé, des cadeaux d'anniversaire achetés en cinq minutes plutôt qu'en trente. Personne ne s'en apercevra. Nous, si.

Des rendez-vous avec soi, pour de vrai

Parfois, le plus dur est de savoir quoi faire de ce temps une fois qu'on l'a. Voici quelques idées d'ancrage, pour celles et ceux qui vivent en Île-de-France, à adapter partout ailleurs.

  • Un café où l'on s'assoit vraiment. Le Bon Moment Café, 24 rue des Bernardins, 75005 Paris (voir le lieu) : un carnet, un livre, et personne à surveiller du coin de l'œil.
  • Bouger jusqu'à ne plus penser. Une séance d'escalade chez Arkose, 16 bis rue Caulaincourt, 75018 Paris (infos), ou quelques longueurs à La Piscine de Neuilly, 27-31 boulevard d'Inkermann, 92200 Neuilly-sur-Seine (horaires).
  • Marcher loin du bruit. Le massif des Trois Pignons, chemin des Sables du Cul de Chien, 77123 Noisy-sur-École (y aller), pour une demi-journée qui vaut trois nuits de sommeil.
  • Un moment culturel choisi pour soi. Une exposition, un musée, une séance de cinéma en semaine : le luxe absolu, c'est de ne pas avoir à commenter à voix haute.

Et parfois, le meilleur rendez-vous consiste à rester chez soi pendant que les enfants sont dehors. La maison vide a un pouvoir de réparation qu'on sous-estime largement.

Et la culpabilité, on en fait quoi ?

Elle ne disparaît pas d'un coup, autant le dire. Les premières fois, on regarde son téléphone toutes les dix minutes, on rentre en avance, on rapporte un pain au chocolat comme pour se faire pardonner. C'est normal, et ça s'atténue à mesure que le rituel s'installe.

Ce qui aide beaucoup : observer ce qui se passe au retour. Une patience retrouvée, une voix qui ne monte pas au troisième « non », l'envie sincère de jouer par terre au lieu de compter les minutes avant le bain. Les enfants ne perçoivent pas notre absence de deux heures comme un abandon. Ils perçoivent, en revanche, très finement, un parent à bout.

Il y a aussi ce qu'on leur transmet sans le dire. Grandir auprès d'adultes qui ont des envies, des amis, des passions un peu absurdes, c'est apprendre qu'une vie d'adulte peut être désirable. Ce n'est pas le plus petit des cadeaux.

Par où commencer cette semaine

Une seule chose, minuscule : choisir un créneau, un seul, et lui donner une heure précise. Mercredi, 20h30, une heure sans écran de travail. Samedi matin, 9h, dehors. Le reste suivra, ou pas, et ce n'est pas grave. On ne construit pas un équilibre en une semaine, on pose une première pierre et on regarde si elle tient.

FAQ

Combien de temps faut-il pour que ça change vraiment quelque chose ?

Moins qu'on ne le croit, à condition que ce soit régulier. Un créneau de quinze à vingt minutes par jour, ou deux heures par semaine réellement tenues, produisent plus d'effet qu'une grande parenthèse tous les six mois. La régularité compte davantage que la durée.

Comment faire quand on élève ses enfants seul ?

En s'appuyant sur des relais organisés plutôt que sur la bonne volonté du moment : garde partagée entre parents d'une même école, halte-garderie municipale, ludothèque de quartier, un après-midi chez les grands-parents inscrit dans le calendrier. Les solutions existent, mais elles demandent d'être posées à l'avance, sinon elles n'arrivent jamais.

Est-ce égoïste de partir sans les enfants ?

Non. Un parent qui souffle revient plus disponible, plus patient, plus présent. Les enfants ne mesurent pas le nombre d'heures passées ensemble, ils ressentent la qualité de la présence. Et voir ses parents avoir une vie à eux fait partie de ce qu'ils apprennent en grandissant.

Et si on ne sait plus ce qui nous fait envie ?

C'est fréquent, surtout dans les premières années. Le réflexe utile consiste à revenir à ce qu'on aimait avant : une matière, un lieu, une musique, un sport abandonné. On teste, on se trompe, on recommence. Le premier créneau sert souvent à ne rien faire du tout, et c'est déjà beaucoup.

Comment tenir sur la durée quand tout déborde ?

En traitant ce moment comme un engagement, pas comme une récompense méritée. Un créneau inscrit dans l'agenda partagé, annoncé à la maison, avec une heure de fin claire, résiste bien mieux aux imprévus qu'une bonne intention flottante.

Questions fréquentes

Comment trouver du temps pour soi quand on est parent ?

Le temps pour soi ne se trouve jamais : il se prend, se négocie et s'inscrit à un moment précis. Il faut créer des créneaux courts et protégés (vingt minutes à une heure) posés régulièrement dans la semaine, plutôt que d'attendre le moment idéal qui n'arrivera jamais.

Pourquoi je culpabilise de prendre du temps pour moi en tant que parent ?

La culpabilité vient de cette petite voix qui souffle qu'on a de la chance et qu'on peut attendre encore un peu. Cette voix rend seulement plus fatigué sans rendre plus disponible. Reconnaître qu'on n'est utile à personne pendant ce moment est essentiel.

Est-ce que 15 minutes de temps pour soi, c'est vraiment utile ?

Oui, quinze minutes ne réparent pas une fatigue de fond, mais elles rappellent quelque chose d'essentiel : on existe encore en dehors de notre rôle de parent. C'est ce qui permet de tenir le reste.

Qu'est-ce qui compte vraiment comme du temps pour soi ?

C'est un moment où l'on n'est utile à personne, pas forcément spectaculaire : lire dix pages, marcher sans poussette, boire un café assis ou écouter un album en entier. L'important c'est que ce soit non-fonctionnel.

Pourquoi je n'arrive pas à prendre du temps pour moi même si je sais que ça me ferait du bien ?

Le problème n'est presque jamais le temps en tant que tel, mais la place qu'on lui accorde dans la file d'attente mentale. Le temps pour soi arrive après les enfants, le travail, le linge et mille autres choses, ce qui fait qu'il n'arrive jamais.

Publié le par Serge

À voir aussi sur La Cachette